abril 13, 2006

fenêtres


l’homme est assis devant la fenêtre fermée. il regarde à travers la vitre. il ne fait rien d’autre, mais regarde simplement comme si tout son être s’étalait dans cet effort suprême du regard. l’homme est assis devant la fenêtre et on a parfois l’impression, à le regarder sans rien dire, qu’il verrait des choses que nous ne voyons pas. des choses que nous ne verrions même pas si nous étions à sa place et que nous puissions nous pencher à cette fenêtre. lui, par contre, on a cette impression qu’il voit sans plus. mais il n’y a pas moyen de le savoir non plus car son visage, ses traits, ne nous fournissent de preuves, ne nous parlent guère de ce qui se passe devant ses yeux et de la façon qu’il a lui d’en ressentir les effets. tout chez lui relève donc, dirait-on, d’un secret. le secret du regard qui englobe l’objet scruté -telle est son immobilité-, la fenêtre fermée qui l’ouvre au monde mais le garde lui-même au secret, enfermé dans son secret, témoin occulaire dans sa cage vitrée; et puis il y a aussi ses émotions cachées. à tel point cachées qu’on ne saurait savoir s’il y a quelque chose qui se passe vraiment, des étincelles qui sautent et enflamment les réseaux, des lampes qui s’allument et s’éteignent dans la nuit des fluides, des secousses, des vibrations, bref, tout ce qui donne lieu aux pensées, aux sensations, à la vie intérieure. au désir de vivre et au désir tout court. au désir de mourir peut-être aussi. or chez lui il n’y aurait que le regard. un regard bleu, d’un bleu délavé que l’on devine intense, électrique. un regard braqué sur l’au-delà de la fenêtre et de la chambre, participant à quelque chose qui nous échappe, à quelque chose d’insaisissable et peut-être aussi d’éternel, si ce mot veut encore dire quelque chose. voilà.
cet homme-là qui regarde, c’est bien mon père.